CUPIDITÉ

       ROMAN

 MARIBEL BARRETO 

 Membre
 de l'Académie Paraguayenne 
de la Langue Espagnole
 

 

Front Cover Art Design:
 ANA MARÍA CALATAYUD

                                                    ISBN: 978-1-937030-91-9

L'ÉCRIVAINE MARIBEL BARRETO,

L'ÉCRIVAIN ET TRADUCTEUR DE CUPIDITÉ,

ALAIN SAINT-SAËNS,

ET LA PROFESSEURE ET AVOCATE,

LOURDES RÍOS GONZÁLEZ.

   

   MARIBEL BARRETO

OU LA DÉNONCIATION DE L'ORDRE MORAL

 

Maribel Barreto est, avec Susana Gertopan et Renée Ferrer, l’une des trois grandes romancières du Paraguay actuel. Membre de l’Académie Paraguayenne, elle compte également à son actif une œuvre créatrice importante comme conteuse réputée ainsi qu’auteure de livres pour enfants très appréciée des plus petits. Son nouveau roman, couronné du prestigieux Prix du Roman Augusto Roa Bastos, met un point d’orgue final à sa peinture critique volontiers acerbe, parfois féroce, de la société paraguayenne sous la Dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989) et la décennie de démocratie balbutiante qui s’en suivit. Veuve inconsolable, grand-mère aimante, pâtissière à ses moments perdus lorsqu’elle ne s’assoit pas de longues heures à sa table de travail, Maribel Barreto n’est pas sans rappeler, par son mode de vie paisible et solitaire, ses commères écrivaines universelles, la Bonne Dame de Nohant, la Française George Sand, la Canadienne de l’Ontario Alice Munro, et la Britannique de Rhodésie, Doris Lessing. 

Une lecture hâtive et superficielle du roman Cupidité pourrait laisser à croire qu’il ne s’agirait que d’une banale histoire d’amour faisant suite à la mort d’un être cher et se déroulant dans un contexte étouffant similaire à celui du Clochemerle de l’écrivain français Gabriel Chevallier. Loin s’en faut.  Avec une maestria digne d’une Katherine Mansfield, Maribel Barreto brosse par petites touches les états d’âme de la société paraguayenne d’un bourg de l’intérieur dans laquelle les personnalités se dévoilent dans leur vérité la plus abjecte, et où les appétits sordides s’aiguisent sans vergogne, et cela, avant même que le disparu n’ait été porté en terre. Les préjugés de classe réapparaissent vite au grand jour, ainsi qu’un esprit de caste issu du temps de la Dictature, quand le Parti Colorado et ses chefs de Section étaient alors tous puissants à l’échelle locale. Les histoires de famille inavouables, un temps oubliées, reprennent vie à l’occasion du décès du potentat de la petite ville.

Où l’on découvre ainsi ce qui faisait la routine de l’existence des gens sous la Dictature : les convocations et les ordres du Chef suprême que l’on ne pouvait transgresser, les exactions et expropriations brutales, les humiliations permanentes et les exécutions de ceux qui ne se rangeaient pas derrière lui, la lâcheté et la couardise de ceux qui assistaient aux spoliations sans mot dire et en tirèrent profit au-delà même de la période de la Dictature, ‘oubliant’ de restituer les biens mal acquis. Maribel Barreto poursuit ainsi une dénonciation sans faille et sans concession du totalitarisme amorcée dans son roman Le Code Araponga, et continuée de manière plus éclatante dans un autre consacré à la ville de Conception, Ville rebelle. Le contexte historique de la Guerre Civile de 1947, où les atrocités commises de part et d’autre, divisant les familles, ont laissé des traces encore vives aujourd’hui, est sous-jacent dans le roman Cupidité. Maribel Barreto rejoint ainsi les conteurs paraguayens Lita Pérez Cáceres et ses Contes de l’année 47 et de la Dictature, Rubén Bareiro Saguier et son inoubliable nouvelle, ‘Seulement un bref instant’, dans le recueil de contes et nouvelles, Œil pour œil, et Juan Manuel Marcos et son roman, L’hiver de Gunter.

Cupidité est aussi un roman féministe, au sens où il met en scène des femmes, vieilles et jeunes, qui luttent contre le machisme ambiant et se réinventent à la mort du fils, mari, frère et même père secret.  Ignorées, trompées ou dénigrées, elles doivent d’abord apprendre à être libres et voler de leurs propres ailes, tel un oiseau prisonnier à qui l’on a ouvert la porte de sa cage. La présence obsédante du défunt, dont elles s’affranchissent par étapes, est le dénominateur commun, comme l’était celle de Valentin, suicidé lui aussi, pour les héroïnes de Deux veuves et un ouragan du roman d’Alain Saint-Saëns. Les haines et le mépris affiché entre femmes qui devraient s’épauler et s’entraider démontrent la force du modèle phallocrate dans la société paraguayenne traditionnelle.

L’homme prend et jette à sa guise les femmes qui lui plaisent. Dans un pays où le ratio est d’un homme pour sept femmes, conséquence de la Guerre génocidiaire de la Triple Alliance (1865-1870), le combat pour se gagner les faveurs du mâle est âpre et ardent. L’enfant illégitime, monnaie courante au Paraguay, est abandonné, méprisé et considéré de rang inférieur. La bâtarde ne reçoit que bien peu de commisération. Quant à la jeune adolescente mise enceinte et délaissée par quelque homme marié de passage, elle ne trouve de salut que dans une fuite honteuse, laissant derrière elle à tout jamais le fruit de ses amours coupables. La peinture du machiste bon teint paraguayen par Maribel Barreto est éclatante de vérité.  La fidélité à l’épouse n’a pas de sens pour un homme, un ‘vrai’. Il se définit par l’accumulation de ses maîtresses qui ne sont là en fait que pour satisfaire son bon plaisir et son égo de coq de village. La femme abandonnée, ou pire encore bafouée par l’une de ses amies, sait trouver sa revanche à l’intérieur de ce schéma réducteur et revendique son statut de maîtresse, ou, comme il est d’usage de l’appeler au Paraguay, de ‘seconde’, voire de ‘troisième’. Les apparences sociales doivent être sauvées, et la cellule nucléaire légitime, base et pilier du régime totalitaire et de son succédané démocratique ultérieur, préservée. Le fiancé adoptera la fille adoptive de sa future épouse et, avec l’enfant qui naîtra de leur union, tout rentrera dans l’ordre, moral s’entend.

Mais le machisme décrit par Maribel Barreto se construit aussi contre ‘l’anormalité’, cette homosexualité si présente au Paraguay comme au Brésil mais que l’on ne peut ni nommer ni révéler. Le prétendant qui découvre sa sexualité et abandonne sa promise pour l’étreinte d’un homme, ne pourra vraiment s’assumer comme il l’entend qu’en s’exilant au-delà des frontières et en se perdant dans l’anonymat d’un bar de travestis de la capitale argentine, Buenos Aires. L’on est loin du personnage de Molina dans le Baiser de la femme araignée du romancier argentin Manuel Puig, mais cependant, Maribel Barreto sait rendre justice aux ‘pédales’ de son pays, les ‘cent-huit’, ainsi moqués dans l’univers hétérosexuel paraguayen à la suite de l’assassinat du D. J. Bernardo Aranda, homme flamboyant ouvertement bisexuel attaché et brûlé vif sur son lit, en septembre 1959, et de la répression brutale et orchestrée qui s’en suivit de cent-huit présumés homosexuels, exposés à moitié nus à la vindicte des passants dans la rue commerçante principale d’Assomption par le régime du Général Alfredo Stroessner, avant d’être emprisonnés.

L’on comprend mieux, dans ce contexte oppressif, l’impossibilité pour le chauffeur de camion violé sur la route par des Brésiliens après une nuit de beuverie d’assumer l’agression sexuelle dont il a été victime. Au-delà de la douleur corporelle, c’est la souffrance morale d’être rabaissé à ses propres yeux au rang d’un ‘cent-huit’ qui le paralyse et lui coupe le désir hétérosexuel envers son épouse et ses maîtresses. S’il n’est plus ‘un homme’, l’unique moyen de sauver la face et d’éviter les railleries d’autres ‘vrais’ hommes et aussi les moqueries des femmes souvent sodomisées ainsi contre leur gré au Paraguay, c’est de tirer sa révérence et de se suicider. 

La morale de l’histoire de Maribel Barreto, bien qu’elle semble être que ‘tout est bien qui finit bien’, est plutôt qu’il n’y a ‘rien de nouveau sous le soleil’. La critique la plus puissante finalement de la romancière paraguayenne dans son roman Cupidité n’est pas contre l’appât du lucre, mais bien une constatation tragique que la société démocratique de son pays n’a pas été capable jusqu’à maintenant de remettre en question les limites de la censure morale imposée par trente-cinq ans de dictature d’une main de fer, renversée pourtant il y a de cela presque trente ans. Le féminicide est fréquent au Paraguay et les femmes battues y sont légion ; l’homosexualité, bien qu’admise, n’est pas encore vraiment acceptée par la société ; et les adolescentes mères célibataires sont la norme plus que l’exception.

Le ‘J’accuse’ de Maribel Barreto est d’autant plus crédible qu’il se présente sous le couvert d’une histoire romanesque à même de séduire toutes les couches de la société. Puisse la romancière paraguayenne nous enchanter encore longtemps de sa plume agile entre deux séances de pâtisserie à ses fourneaux.

Alain Saint-Saëns

 


Maribel Barreto est conteuse, auteure de livres pour enfants et romancière.
 
Ses romans sont El Código Arapónga (2005); El retorno de Arapónga (2007);

Entre guerras y amor (2012); Desafío (2013); Ciudad rebelde (2016);
 

Codicia (2017) qui a été couronné du Prix Augusto Roa Bastos du Roman.

Maribel Barreto est Membre de l'Académie Paraguayenne de la

Langue Espagnole.

Alain Saint-Saëns est poète, dramaturge, romancier et traducteur.
 
Ses romans ont pour titres Hijos de la Patria (2015); et Dos viudas y un huracán

(2016). Il a traduit récemment de l'espagnol au français L'hiver de Gunter de

Juan Manuel Marcos (2011); Ignominies. Poèmes et Psaumes de Renée Ferrer

(2017); du portugais à l'espagnol, Un río en los ojos, d'Aleilton Fonseca (2013);

de l'anglais au français, Loin, très loin de la maison de ma mère de Barbara

Mujica (2005). Alain Saint-Saëns est Membre Correspondant de l'Académie

des Lettres, Bahia, Brésil.
 

                                                                                                                                                 

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