SEVDAH

ÉLÉGIE POUR UN SUD RÊVÉ
 

by

MALINA STEFANOVSKA

(UNIVERSITY OF CALIFORNIA
 AT LOS ANGELES, USA)

 2019

 

   (Mary Adelaide Walker, 1864 Benaki Museum Library)

                                             (Bitola Old Baazar, Nineteenth Century)

                                             Maison paternelle de l'auteure                                                           Maison maternelle de l'auteure

 

          Les peuples balkaniques cultivent parfois dans leur folklore une tristesse voulue, intense, qui paradoxalement, leur apporte le plus grand bonheur. C’est le “sevdah” - équivalent de la « saudade » portugaise : la nostalgie du pays qu’on a quitté, de la jeunesse envolée, de rêves à demi oubliés, de tout ce qu’on a aimé et qui, peut-être, na jamais été. Ce regret est vécu comme le point fort de leur identité, le bonheur le plus triste qui soit.

            Le « Sud » imaginaire que l’auteure évoque ici poétiquement se construit entre les souvenirs d’enfance d’une macédonienne, son histoire familiale mi-paysanne, mi-bourgeoise, et son impossible rêve de le recréer avec un homme, dans un pays voué à la mort et au démembrement -- la Yougoslavie. A partir d’un noyau dans une ville de Macédoine naguère prospère, il irradie la sensibilité particulière de l’enfant du pays qui a quitté cette contrée pauvre et ardente, et qui tente de l’évoquer en une réminiscence toute élégiaque.

            Ce récit autobiographique participe de l’intérêt de longue date de son auteure  pour l’écriture de soi, le langage et le mal du pays, version balkanique. Charriant des souvenirs personnels, des portraits jaunis et des secrets de famille destructeurs, il est marqué par la mélancolie qui émane d’un groupe ethnique condamné à s’éteindre et d’un monde en voie de disparition. S’inspirant d’Istambul d’Orhan Pamuk, du Danube d’Antonio Magris ou encore de Balkans-Transit de François Maspéro, il commence là ou s’arrête le dernier train pour le Sud macédonien, dans un univers aux peuples et aux langues disparues à jamais : Bitola/Monastiri, ville provinciale en déclin, dont la splendeur n’est plus visible qu’aux seuls qui aiment encore à se replonger dans son passé glorieux.

                        Le destin d’une enfant exilée, coupée de ses racines, est analysé par une femme mûre qui se sent devenir étrangère à soi-même. En filigrane de son histoire familiale et personnelle, c’est toute la culture ancienne des peuples dont elle est issue (Slaves et Vlaques hellénisés) qui s’esquisse devant nos yeux, de même qu’un passé plus ou moins proche qui s’éloigne (légendes de l’Empire Ottoman, idéaux perdus du socialisme), et qu’un univers paysan rêvé et trahi, dont ce récit se veut l’élégie. Au gré des vicissitudes de l’histoire personnelle de l’auteure, la nostalgie du passé ouvre pourtant sur un ailleurs de rêve qui affleure sous lécriture poétique.

 

   
Le grand-père paternel de l'auteure La famille paternelle de l'auteure

(Photo: BYU Humanities)

 

Malina Stefanovska a grandi en Yougoslavie, à Belgrade où ses parents sont venus vivre après la Seconde guerre mondiale, de l’extrême sud du pays. Ayant passé de nombreux séjours en Macédoine, chez ses grands-parents, elle a gardé des souvenirs très vifs de Bitola, ville autrefois prospère et qui porte son histoire dans ses habitants, leurs coutumes et leurs langues, parfois en voie de disparition. Fille de diplomate, elle a passé son enfance dans divers pays francophones d'Afrique et d'Europe et appris le français comme sa langue maternelle. Revenue à Belgrade après des études universitaires en France à l'Université de Grenoble, elle y a travaillé comme interprète dans le gouvernement yougoslave. Puis, ayant fait un doctorat aux États Unis à l'Université Johns Hopkins sur Saint-Simon, après la guerre civile et la désintégration de son pays, elle y est restée. Spécialiste de littérature française, elle vit à Los Angeles et enseigne comme Professeur de Français et d'Études Francophones à l'Université de Californie à Los Angeles aux États-Unis. Elle a publié en France deux livres de critique littéraire, Saint-Simon, un historien en marge (1998) et La Politique du cardinal de Retz : factions et passions (2007), ainsi que de nombreux articles portant sur l’écriture de soi, et la mémoire. Elle est mariée avec un Suisse et a un fils et une fille, adoptée en Chine.

  

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